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Esquisse sur la notion de guerre occidentale.

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Auteur : Shell
Mots-clefs : Guerres 
Date : mars 03, 2021

Dans cet article je vais parler de la notion de guerre et proposer également une classification très simplifiée des guerres.

Tout d’abord je trouve intéressant de voir la guerre selon l’éthique juive. Pour cela, je vais partager quelques éléments tirés de l’ouvrage « Les différents types de guerres dans la tradition juive, à la lumière du conflit actuel », de Reuven Kimelman et Anne bénaiche. Je tiens à préciser que je différencie l’éthique d’une culture avec la politique. Pourquoi se pencher sur cette culture ? Notre civilisation occidentale (ou plutôt son essence, on peut même dire que sur certains aspects la Chine et la Russie sont beaucoup plus occidentales que l’Europe) est basée sur deux piliers que sont la Grèce Antique et la civilisation judéo-chrétienne, ce qui forme une intrication de l’éthique chrétienne et de la pensée rationnelle. Ainsi, si on veut comprendre l’Occident, il faut comprendre ses fondements originels. Il est souvent déboussolant de ne pas connaître ses origines, ceci empêche une certaine compréhension de soi-même. Nous voyons d’ailleurs, à mon avis, que les règles « éthiques » de guerre, proposées ci-dessous, sont effectivement proches de celles du monde occidental.

Bien sûr cette approche est fortement idéalisée, comme tout chose purement théorique et simplifiée.

S’intéresser au thème de la guerre me semble un enjeu fondamental dans la période qui vient, car je vois apparaître la culminance des conflits suite au déclin économique que la situation actuelle va imposer. J’ai l’impression qu’il n’y a que conflits, dans tous les secteurs, qu’ils soient économiques, politiques, sociaux, religieux, et même sportifs, associatifs, … On peut considérer la guerre comme le résultat du dilemme du prisonnier (théorie des jeux) perdant-perdant (trahison-trahison). Par opposition aux accords commerciaux, qui correspondraient au gagnant-gagnant, l’autre position d’équilibre. A mon avis, il est malheureusement plus facile de passer de la coopération (gagnant-gagnant) à la guerre (perdant-perdant) que l’inverse.

Je me demande si la personnalisation des services par marketing et la catégorisation à l’extrême de chaque individu génèrent des groupes de plus en plus fragmentés favorisant l’individualisme, mais aussi une plus grande polarisation politique, probablement provoquée par la difficulté de compréhension entre groupes. On remarque aussi que de faibles différences d’âge créent un éloignement important (même entre jeunes).

Si mon diagnostique est exact, alors la situation est problématique, car la fragmentation des citoyens semble conduire à la guerre civile. Un État ne peut se maintenir que si les citoyens partagent des valeurs communes ou une culture commune, ce qui est de moins en moins le cas.

L’éthique juive de la guerre

Je résume et modifie légèrement un article du livre cité plus haut, en libre accès sur https://www.cairn.info/revue-pardes-2004-1-page-81.htm :

Comment définir la guerre :

Selon l’éthique juive, il y a deux types de guerres :


  1. Les guerres "obligatoires", c'est-à-dire nécessaires à la survie de l'État (la conquête pour sa création, élimination des ennemis et/ou la défense du territoire).

  2. Les guerres "discrétionnaires" servant à augmenter le prestige politique, sécuriser des acquis économiques, étendre son territoire.

On remarque aussi que les guerres sont pratiquement toutes un mixtes des deux types ci-dessus. Par exemple les guerres préventives et d’anticipation ont clairement des composantes des deux catégories.

Quid de la réaction face à une menace

Une question épineuse et fondamentale concerne la réaction contre un adversaire, dont on apprend -par services secrets p.ex.- qu’il souhaite attaquer. Doit-on attendre son offensive ou peut-on agir alors qu’il est encore en préparation militaire ?

Quid de la décision de déclarer une guerre

Qui peut déclarer une guerre ? L’éthique juive distingue une autorité différente pour des types de guerres différentes :


  • Lors d'une guerre obligatoire, l'autorité compétente est le chef du pouvoir exécutif

  • Lors d'une guerre discrétionnaire, il faut le consentement de la Haute Cour (qui est considérée comme l'équivalent légal de la "la communauté d'Israël dans son ensemble")

L’usage de la Haute Cour permet de contrebalancer l’autorité d’un « roi » qui pourrait user de la guerre à son avantage et/ou par des pressions exercées sur lui par le coût de la maintenance de l’armée ou autre. Selon Flavius Josèphe, les lois bibliques de la guerre étaient pensées pour dissuader la conquête et prévenir la guerre « décrétée en vue d’un prestige personnel ».

Ainsi la Haute Cour normalement évalue une guerre en fonction des considérations suivantes :


  • Le nombre de vies sauvées est largement supérieur au nombre de vies mises en danger

  • Le prix de la victoire est raisonnable

  • Les chances de victoire sont suffisantes

  • Pas de problème lié à l'éthique civilisationnelle

De plus la perspective biblique considère le peuple et le monarque comme liés par une alliance, chaque partie ayant certaines obligations. La notion d’État englobe un pacte de sécurité mutuelle : les citoyens s’engagent envers l’État, qui les protège tant qu’ils ne risquent pas leur vie inutilement. De même, les citoyens doivent soutenir le roi dans la mesure où il s’est engagé à maintenir la constitution. Il est conventionnellement connu que, même à Babylone, l’État était condamné/puni pour mauvaise conduite si les pertes dépassaient le sixième des forces. Ceci explique pourquoi la représentation des citoyens dans une décision de guerre est fondamentale pour éviter un effondrement de l’État par désengagement des citoyens.

Sont exemptés du service militaires :


  • Les personnes qui ne peuvent pas se concentrer sur l'action, suite à des problèmes psycho-moraux, physique, économique ou familiaux. En effet, cela ne ferait qu'augmenter le désarroi des autres combattants.

  • Aucune exemptions n'est basées sur la naissance, l'éducation, la classe sociale ou même le statut religeux. Ainsi tout le monde supporte le risque d'être exposé aux conséquences d'une guerre.

Il faut remarquer également qu’il est connu depuis très longtemps (Antiquité) qu’il y a un seuil de personnes impliquées dans un conflit où tout devient chaotique, la situation devenant ingérable de part de sa complexité. Donc, mieux vaut avoir un plus petit nombre de soldats courageux, que d’innombrables peureux !

L’exemption peut parfois permettre à la population d’exprimer, par son manque d’entrain, un refus du conflit, portant ainsi un jugement sur la légitimité de l’expédition militaire.

Éthique de la guerre

Tout d’abord il faut noter la conception juive de majorité imposant une loi sur l’ensemble de la population. En effet celle-ci pose le principe suivant : la majorité ne peut imposer des règles qui seraient discriminantes envers la minorité, sauf si celles-ci bénéficient clairement à la communauté. Dès lors tout citoyen se doit de participer à une guerre défensive obligatoire. Le bien publique a préséance sur la sécurité personnelle.

De cette approche découle la conception éthique qui devrait idéalement s’appliquer (dans un monde parfait) :


  1. Pas de destructions sans justification

  2. Les négociations avec l'ennemi doivent précéder la décision de le soumettre par la force.

  3. S'il y a demande de paix, celle-ci, négociée au préalable (2) doit être accordée.

  4. Si un accord a été signé, aucun mal ne peut être fait aux habitants.

  5. L'attaque ne commence pas avant que l'ennemi ait commencé les hostilités.

  6. Aucune action cruelle ne doit être infligée aux habitants et une possibilité de fuite de ceux-ci doit être possible.

  7. Aucunes vendettas nationales ne peuvent servir de justification à une guerre.

  8. La nécessité militaire ne peut excuser les excès militaires. Victoires inutilement sanglantes et destructrices doivent être évitées. Les armes calculées pour produire une souffrance disproportionnée afin d'acquérir un avantage militaire ne sont pas permises. L'immunité des non-combattants ne peut être sacrifiée sur l'autel de la nécessité militaire.

  9. Dépouiller/détruire la campagne (terre, animaux, maison,...) de l'ennemi sans aucun but militaire est interdit.

  10. Une plus grande légitimité n'implique pas de droits supplémentaires. En effet le glissement de la certitude de droiture au sentiment de droiture est trop risqué.

Le problème de lier la guerre à l’éthique est que l’ennemi puisse l’interpréter maladroitement comme un acte de timidité, ce qui l’invitera à l’agression. Il faut donc tout faire pour contrebalancer cet aspect chez l’adversaire.

Du point (1) on remarque que cela englobe aussi les objets. Diminuer la pulsion de destructions contre les objets est probablement plus facile que celle à l’encontre des hommes, ce qui pourrait permettre d’éviter/d’atténuer les débordements contre les hommes.

Le but réel de l’éthique est d’éviter la dégradation de la personnalité morale du soldat et de préserver l’image humaine de l’ennemi. Ceci est très important pour arriver à atteindre la paix et pour favoriser la réintégration des soldats dans le milieu civil. Historiquement les rois étaient condamnés pour leur cruauté lors de l’élimination d’un ennemi. La violence constante, même en cas d’autodéfense, ne semble pas compatible avec une sensibilité morale. Même si le massacre des ennemis puisse sembler légal dans certaines situations, celui qui tue un homme, même dans un cas de légitime défense, doit répondre de cet acte qui concerne la parenté commune primaire des hommes. Il semble que la personne risque une modification morale suite à son action. Un moyen pour lutter contre les dommages a été proposé par Philon. Il propose de requérir à des rites expiatoires, même après des maux nécessaires. En effet, il n’est pas de guerre qui ne requiert pénitence, de même une guerre juste (de défense) ne justifie pas des actes injustes. En outre si le but est la paix, alors la réalité de la guerre doit être conditionnée par la vision de la réconciliation entre les deux camps.

Le choix

Il y a deux conceptions possibles face à une agression :


  1. Le renoncement à la guerre. Ce cas implique la renonciation à la défense et donc à être occupé ou exilé en cas de conflit.

  2. La séparation entre la vie militaire et la vie civile, selon des segments différents de la population.

Il est difficile de savoir qui, des renonciateurs ou des défenseurs (cherchant à prévenir la guerre), sont les plus moraux.

conclusion

En conclusion, ce n’est pas parce qu’une guerre peut être justifiée, à la fois par la cause et la conduite, qu’elle est nécessaire. De plus il n’est pas suffisant que celle-ci soit justifiée par une référence aux fins et aux moyens, elle doit encore être justifiée par ceux qui risquent de périr dans celle-ci. Dans le cas d’une guerre dont la visée est le bien et la paix, alors la retenue, autant dans le recours et que dans sa conduite, est obligatoire pour laisser une possibilité aux offres de paix.

Classification des guerres :

Il m’est difficile de classer les conflits, je propose donc une classification très simplifiée et probablement très discutable. Mais il me semble qu’il vaut mieux avoir une notion imparfaite que de n’en avoir aucune. Ainsi ai-je délimité quatre types de guerres : les guerres étatiques ou de préservations, les guerres d’appropriation, les guerres saintes/idéologiques et les guerres civiles.

On a trois types primaires de guerre : Guerres étatiques ou de préservation, Guerres d’appropriation, Guerres Saintes/Idéologiques.

Guerres étatiques ou de préservation

Ce type de guerre consiste à se battre pour garder ses acquis face à une menace extérieure.

Les précurseurs :


  • Agression ou forte suspicion d'agression d'un ennemi.

  • Sécurisation d'une position.

Les caractéristiques :


  • Lutte entre plusieurs entités étatiques.

  • Défendre la constitution, la nation et l'intégrité des citoyens.

  • Limitation de la violence.

Les combats :


  • Oppose les entités impliquées dans le conflit.

  • Tendance à la guerre conventionnelle.

Les conséquences :


  • Protection de l'intégrité de l'État et des citoyens.

  • Sécuriser l'État sur une période donnée.

Guerres d’appropriation

Ce type de guerre consiste a obtenir une ou plusieurs ressources matérielles (territoire, ressources naturelles,…) et/ou immatérielles (connaissances, position stratégique, influence,…). Ce type de guerre utilise beaucoup de moyens de justifications et peut parfois ressembler en apparence à une guerre idéologique ou sainte, pour la raison que l’attaquant doit éviter de se faire juger par d’autres acteurs importants.

Les précurseurs :


  • Intérêt matériel, stratégique, politique,...

  • Situations changeantes (alliances, événements,...).

Les caractéristiques :


  • Limitation de la violence.

  • Sous-couvert de justifications.

  • Pour un but précis et tangible.

  • Accaparement des ressources.

Les combats :


  • Oppose les entités impliquées dans le conflit.

  • Tendance à la guerre conventionnelle.

Les conséquences possible :


  • Colonisation de la région :

    • Limitation de la liberté de la population.

    • Exploitation de la population.

    • Appauvrissement de la région.

    • Acte de violence pour maintenir la domination sur la région.



  • Intégration de la région :

    • Assimilation de la population.

    • Intégration de la région dans l'État.

    • Intégration de la population dans la politique.



Guerres Saintes/Idéologiques

Lutte armée pour imposer l’idéologie voulue à ses adversaires au mépris de certains aspects rationnels (comme par exemple d’attaques violentes inutiles, de destructions inutiles, d’actions non-rentables). Dans ce type de guerre, les préceptes surpassent souvent la raison.

Les précurseurs :


  • Création de l'idéologie.

  • Désignation arbitraire d'un ou plusieurs ennemis, justifiant l'agression.

  • Imposer son idéologie à tous.

Les guerres saintes/idéologiques ont les caractéristiques suivantes :


  • Validées par une cause transcendante (spirituelle/axiomatique).

  • Cause transmise par une révélation (prophète/philosophe).

  • L'adversaire n'a aucun droit (hérétique/criminel).

  • Le critère du dernier recours ne s'applique pas (pas de discussion possible).

  • Il n'est pas nécessaire de les gagner (le statu-quo n'est pas fatal).

Les combats :


  • Dépendent des moyens à disposition des entités en lutte.

  • Tendance à la guerre non-conventionnelle.

Les conséquences :


  • Destruction raisonnablement non justifiable matériellement.

  • Élimination systématique d'une catégorie de personnes ou d'éléments.

  • Violence et actes horribles sur la catégorie de personnes ciblées.

  • Imposition d'une doxa.

Un dernier type de guerre existe, spécial et particulièrement important pour l’époque contemporaine de l’Occident. Cette guerre a pour propriété que l’ennemi et le défendant est la même entité, laquelle, avec le temps, va se scinder en deux pôles opposés. Cela est l’équivalent du suicide politique d’un État. J’ai remanié et résumé l’excellent article d’un internaute : https://blogs.mediapart.fr/cedric-mas/blog/171015/quest-ce-quune-guerre-civile

La Guerre civile ou Guerre de légitimité :

Lutte armée interne pour l’obtention du monopole de la légitimité et du contrôle étatique.

Les précurseurs :


  • Division d'une communauté politique préétablie.

  • Déplacement de normes.

  • Fin du monopole de la violence légitime de l'État (armée, police, système judiciaire).

Le déplacement de normes provoque le morcellement des groupes et la perte d’efficacité des institutions existantes par son effondrement ou sa contestation

Les caractéristiques :


  • Transition continue entre paix et guerre.

  • Implique l'ensemble des citoyens contrairement à une guerre classique.

  • Pas de limite dans les désordres et la violence.

  • Les combattants se connaissaient et vivaient en communauté.

  • Camps rarement bien définis au début, l'enjeu est la constitution de camps cohérents.

  • La polarisation privilégie ainsi les groupes les plus extrêmes de chaque camp, grâce aussi aux influences étrangères.

  • Changement désordonné ou chaotique.

Initialement les groupes se créent autour de la famille-parenté, ou du voisinage, du territoire. Ainsi les questions posées sont souvent d’ordre confessionnel, idéologique, social, territorial, racial. Les critères sont issus de la crise préexistante de la société.

Les combats :


  • Perte de complexité et de modernité des armées qui se dégradent au fur et à mesure de l'affrontement jusqu'à ressembler aux milices.

  • Pas de limite dans la violence souvent les actes les plus horrible sont fait lors de guerre civiles (aucune nrome, aucune différence entre civile et militaire, aucun traité). De plus la violence est souvent considéré comme une garance d'efficacité militaire et sert à montrer sa puissance.

  • Pas de différence entre civiles et militaires.

Les conséquences :


  • Perte d'accès à la nourriture/eau, santé, sécurité, éducation et transport.

  • Perte de repères parfois brutale et déstabilisante.

  • Suscite l'intervention directe ou indirecte, officielle ou secrète, de groupes étrangers, à commencer par les voisins pour diverses raisions, ce qui permet aux protagonistes de ne pas porter seuls les responsabilités du conflit interne.

  • Les nouvelles autorités sont souvent assises sur la violence. De plus celles-ci dépendent souvent de l'économie de guerre car la victoire est généralement acquise par la suprématie militaire, par conséquent les soutiens clés (militaires, marchands d'armes) ont intérêt à la pérennisation du conflit.

En conclusion

Définir la guerre me semble très difficile voire impossible. Cependant connaître quelques concepts bien que fortement imparfaits permet un certain repérage, et permet une reconnaissance des schémas qui peuvent apparaître dans notre environnement. On peut appliquer ces concepts sur d’autres types d’entités et secteurs (économie, culture, idéologie,…, ce qui consiste à une guerre de position dans la hiérarchie d’une société), de par la généralité des notions.

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Citation

Au centre de la difficulté se trouve l'opportunité
- Albert Einstein