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Évolution des dettes des États

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Auteur : Shell
Mots-clefs : Économie État Dette 
Date : juin 30, 2020 Mise à jour août 26, 2020

Dans cet article on va voir l'évolution des dettes de différents États et on va tenter de tirer une conclusion. Ainsi on va prendre en compte l'endettement total selon les conventions de la BRI (Banque des Règlements Internationaux). On considère la somme des dettes des particuliers, des entreprises et de l'état. Bien sûr cela ne prend pas en compte les engagements non comptables (comme par exemple les retraites), néanmoins cela donne une certaine représentation. De ces valeurs on regarde comment évolue le PIB en fonction de la dette. Dans ce texte, le terme "d" signifie la variation de l'élément qui suit.

Analyse

Une première analyse consiste à regarder l'évolution de la variation des dettes et du PIB. Ainsi on divise en 2 catégories par une ligne rouge horizontale :


  1. Accroissement de la valeur dPIB-dDette (section supérieure du graphique)

  2. Diminution de la valeur dPIB-dDette (section inférieure du graphique)

Le graphique est ensuite séparé en quatre par des lignes rouges verticales. Ainsi on a une subdivision en quatre sous-catégorie en quatres sous-catéogries classées en fonction du ratio dPIB/dDette.

Pour la catégorie 1 (celle supérieure à la ligne rouge horizontale) on décrit les catégories de la gauche vers la droite:


  • (gauche) PIB s'accroît plus rapidement que la diminution de la dette (acceptable politiquement)

  • (centre gauche) PIB s'accroît plus lentement que la diminution de la dette (acceptable politiquement)

  • (centre droit) PIB diminue plus lentement que la diminution de la dette (non acceptable politiquement)

  • (droite) PIB s'accroît plus rapidement que l'augmentation de la dette (acceptable politiquement)

Pour la catégorie 2 (celle inférieure à la ligne rouge horizontale) on décrit les catégories de la gauche vers la droite:


  • (gauche) PIB diminue plus rapidement que l'augmentation de la dette (non acceptable politiquement)

  • (centre gauche) PIB diminue moins rapidement que l'augmentation de la dette (non acceptable politiquement)

  • (centre droit) PIB augmente moins rapidement que l'augmentation de la dette (acceptable politiquement)

  • (droit) PIB diminue plus rapidement que la diminution de la dette (non acceptable politiquement)

Ainsi on obtient le premier graphique.

On peut faire les constatations suivantes :


  1. La plupart du temps les pays adoptent la stratégie de s'endetter plus rapidement que l'augmentation du PIB. La raison probable est que politiquement une baisse des salaires n'est pas favorable, ainsi il vaut mieux s'endetter énormément et passer les problèmes à ces successeurs.

  2. On remarque que les cases haut gauche et haut centre gauche sont rarement atteintes. Comme il est politiquement incorrect d'avoir un PIB qui baisse, les cases comme le bas centre droite et haut droite sont privilégiées, car elles permettent une hausse du PIB avec de l'ajout de dettes. Il semble pratiquement impossible à la société de générer du PIB sans ajout de nouvelles dettes.

  3. Il semble que le remboursement des dettes implique en général une baisse du PIB et donc des salaires, car les cases de haut gauche et haut centre gauche sont rarement atteintes.

  4. En moyenne les États s'endettent plus rapidement que l'augmentation du PIB ce qui est intenable à long terme.

  5. Les pays riches en matières premières sont souvent les seuls pays à avoir une logique différente. Probablement du fait que les matières premières sont un moyen alternatif de financer le système (autre que par la dette). Néanmoins notons que cela ne profite généralement pas à la population.

  6. À première vue il ne semble pas y avoir de différences significatives de comportement entre un pays développé ou en-développement.

Le deuxième graphique montre le temps qu'il faudrait pour rembourser la dette si la dette et le PIB restaient constants à partir du moment de la mesure, et que chaque année on prélevait 5% du PIB. (En comparaison, cela aurait l'effet d'un demi-covid annuellement, ce qui est un effort considérable)

Voici ce que l'on constate dans ce graphique :


  1. Les pays en voie de développement ont des taux d'endettement inférieurs aux pays "développés"

  2. Hormis des crises comme celle en Argentine, l'endettement n'a pas tendance à diminuer sur le long terme. Ainsi cela semble indiquer que la dette ne pourra  pas et/ou n'est pas prévue pour être remboursée. En général quand les niveaux d'endettement global baissent, c'est lors d'un défaut, appelé pudiquement restructuration.

  3. Il semble que le niveau d'endettement n'est pas un indicateur pour les crises de la dette. Il semblerait que le seuil est arbitraire. En effet, l'Argentine et la Grèce ont eu le déclencheur quand leur dette gouvernementale dépassa leur PIB, mais il n'en fut rien pour la Belgique et le Japon.

  4. Les entreprises sont souvent endettées entre 10 à 20 ans.

  5. Les particuliers sont souvent les moins endettés.

  6. Les pays ayant des problèmes économiques important sont souvent des pays ayant des dettes gouvernementales qui ont atteint des niveaux importants. Un partie de la réponse est le fait que l'onne  peut pas exproprié un État contrairement aux autres entités (particuliers, entreprises) et que les actifs ont tendance à monter si les dettes augmentent (puisque l'on est dans un système argent-dette ce qui veut dire que c'est par la dette que l'on génère de l'argent)

  7. Peu de nations sont globalement faiblement endettés; souvent les nations ayant accès à des matières premières sont moins endettées.

Bien qu'au premier abord il semble que le niveau d'endettement des entreprises et des particuliers ne soient pas un déclencheur de problème de la dette, je pense qu'il est mauvais à long terme, car il contribue au maintien d'entreprises qui détruisent la richesse réelle et disqualifie les nouveaux arrivants plus performants. Si les particuliers ont de trop nombreuses dettes, ils pourront moins supporter un choc comme un licenciement, un catastrophe naturelle,... et cela peut détruire la consommation future sur une longue période. Comme sur les marchés financiers, l'effet de levier implique une augmentation de la fragilité du système (on fait souvent des effets de leviers via un endettement). Certes si on est devin l'endettement est toujours bénéfique, mais généralement la majorité des entités trop endettées finissent par disparaître sous un événement imprévu (ou qu'elles n'avaient pas prévu).

L'inévitable défaut

On remarque que la majeure partie du temps les pays choisissent la solution d'augmenter plus rapidement la dette que le PIB. C'est un moyen d'avoir un PIB croissant et donc, la population a une impression de salaire croissant (plus motivante que l'austérité).

Cependant cela conduit inévitablement au défaut car à un moment donné, on ne peut même plus rembourser les intérêts et/ou on ne peut plus rouler sa dette. Ceux qui ne suivent pas cette logique sont les pays qui sont riche en ressources naturelle, cependant la prospérité des citoyens n'est pas au rendez-vous, souvent parce que les richesses sont acaparées par des petits groupes.

On remarque que les nations dont la population est relativement prospère arrivent à s'endetter davantage que des pays moins prospères. Il semble bien que ce soit une stratégie gagnante, du moins tant que l'on peut rouler ces dettes. On constate qu'il est rare que le gain en PIB soit plus grand que l'augmentation de la dette. De plus, en règle générale, il faut de plus en plus de temps pour rembourser la dette, ce qui montre que l'augmentation du PIB ne parvient pas à réduire les dettes.

Vu le défaut inévitable mais la nécessité d'un tel système pour la prospérité de la population (il pousse à l'action), il serait peut-être intéressant de prévoir un jubilé daté propre à chaque pays. Ce jubilé consisterait à fixer au préalable une date butoire d'annulation des dettes contractées à partir de l'annonce du jubilé (les dettes anciennes n'étant pas concernées), Ainsi, au moment de l'emprunt, les acteurs pourraient agir en connaissance de cause et éviter en partie les excés et leurs conséquences.

Discussion sur les défauts des nations souveraines (synthèse de [1])

Il faut constater que le défaut des nations est un phénomène courant dans l'histoire, bien qu'il est vrai qu'il y soit vrai qu'il y ait eu des période plus propices aux défauts. Ainsi sur la période 1820 à 2004, 106 pays ont fait 250 fois défaut soit plus d'un défaut par an. Il n'y a pas de raison qu'il y ait moins de défauts dans le futur (voir Beers et Chambers 2006).

Première considération : ne pas rembourser sa dette à un coût car sinon aucun pays ne la rembourserait et aucun investisseur ne prêterait aux pays.

Deux catégories expliquent le coût:


  1. Les créanciers

  2. La réputation (ou l'effet du signal de faillite)

Les sanctions des créanciers (qui peuvent être puissants, comme des nations, entreprises,...)


  1. Demander des taux d'intérêt plus élevés ou refus de prêter (fonctionne mieux si ce sont de grands acteurs et peu nombreux et donc qu'il y a peu d'alternatives)

  2. Imposer des sanctions légales comme empêcher le pays d'accéder au crédit sur le marché externe. Cependant, vu la multiplicité des acteurs, c'est une tâche presque impossible.

  3. Dans le cas où les créanciers sont d'autres nations, il peut y avoir des sanctions économiques (commence par la dissuation, puis la guerre commerciale, rarement : conflit armé)

A notet qu'il est difficile de saisir les biens d'un État, même à l'extérieur de son territoire. On constate que les créanciers ont relativement peu de moyens d'action et les méthodes ont souvent une faible efficacité.

La réputation (ou l'effet du signal de faillite)


  1. Quand un pays fait faillite cela indique que le pays risque de moins respecter la propriété privée (ne pas rembourser est une spoliation), et on peut présumer que ce manque de respect de la propriété puisse s'étendre à d'autres secteurs, ce qui a tendance à faire fuir les capitaux, investisseurs et entrepreneurs.

  2. Cela signale que les conditions économiques de ce pays sont mauvaises, ce qui conduit à une hausse des taux d'intérêt dans les secteurs de l'économie et à une diminution de l'offre (et une baisse significative des apports étrangers) qui peut provoquer une crise du crédit. Ce qui conduit à une diminution de la richesse des entreprises.

  3. La crédibilité du gouvernement se détériore dans tous les autres domaines (non-économiques) et au niveau international.

  4. Décrédibilise la compétence des "élites dirigeantes" au niveau de la population.

On  constate que ces causes sont plausibles, mais il est difficile d'évalué l'ampleur (et donc leur coût réel). Et c'est principalement ces causes qui rentrent en jeux lors de la décision d'un défaut.

Quelques facteurs jouant probablement le rôle de déclencheurs d'un défaut


  1. Cantor et Packer (1996) ont montré que 62% des défauts de pays surviennent quand le niveau de production est inférieur à sa tendance. La chute de production peut provenir de nombreux facteurs, comme la chute des prix d'un matière première d'un pays exportateur, de révoltes de la population, de conflits armés, un endettement dans une monnaie étrangère trop forte par rapport à la monnaie du pays sans que celui-ci n'ait de réserves de change suffisantes (que ce soit le pays seul ou ses entreprises).

  2. L'augmentation des taux d'intérêt particulièrement en période d'important roulement de dettes.

  3. Changement politique impliquant une remise en question du sacrifice exigé jusque là pour rembourser les créanciers. Cela se traduit souvent par un changement des postes clés, comme ceux qui représentent la "voix du gouvernement" et les institutions détenant le pouvoir, comme le ministre de l'économie, la banque centrale,... Par exemple lorsque que le ministre de l'économie change, les taux d'intérêts varient de façon significative, selon l'étude de Moser (2006).

  4. Les instabilité politiques sont des indicateurs statistiquement significatifs sur la probabilité de défaut d'un pays selon Citron et Nickelsburg (1987). De même Balkan (1992) a montré que l'index de l'instabilité politique et l'index démocratique étaient des indicateurs statistiquement significatifs. De plus, il a été montré par Kohlscheen (2003) que les démocraties parlementaires ont moins de probabilité de faire défaut que les systèmes présidentiels.

  5. Les conflits armés de court et long terme, de même la légitimité à long terme du gouvernement sont les prédicteurs les plus significatifs d'une restructuration des dettes selon Rivoli et Brewer (1997).

Quelques remarques


  • L'accès au marché s'améliore quand les politiques responsables du défaut de payement partent

  • Sans intervention particulière les taux d'intérêt sont influencés principalement par la probabilité de défaut du pays en question

  • Les politiques au pouvoir ne semblent pas prendre en compte les coûts totaux de l'endettement, car ils peinent à promouvoir une politique financière à long terme.

  • Dans un système parfait, le gouvernement voulant conduire une politique pro-affaire devrait avoir un niveau d'endettement acceptable pour le parti politique opposé (anti-austérité).

Conclusion

Il n'y a pas de moyen d'éviter un défaut (bien que l'on puisse trouver des artifices pour le cacher rhétoriquement, planche à billet, remboursement reporté,...). Si les particuliers et/ou les entreprises font défaut ou sont en difficulté, mécaniquement les pays auront des difficultés pour rembourser leurs dettes, puisque ces entités procurent le revenu des États. Cela détruira toujours plus l'activité économique des pays, impliquant des problèmes politiques important tant en interne (citoyens révoltés par l'impôt ou déçus par la chute des prestations,...) qu'en externe (créanciers mécontents), le tout avec des problèmes bancaires.

Actuellement, les signes déclencheurs d'un défaut tendent à augmenter globalement. En effet, les vagues de protestations (problèmes internes) ont augmenté partout dans le monde. On a vu les printemps arabes et autres mouvements comme au Zimbabwe, plus récemment les protestations aux USA, Hong-Kong, France, Liban, Ukraine,... la destructuration des partis politiques comme en France, Angleterre, Allemagne, Autrice, Italie, USA, Brésil,...  ; les tensions dans les relations internationales semblent augmenter et ne sont pas prêtes de disparaître (problèmes externes) en Europe (entre nations), Europe-USA, Chine-Inde, Chine-USA, Iran-Arabie Saoudite, Turquie-Libye-Syrie-Grèce, Éthiopie-Égypte,...  Le tout dans un environnement économique détérioré amplifié par le Covid-19 qui réduira les ressources gouvernementales sur plusieurs années. Tout cela semble indiquer qu'une faillite probablement globale est en train de se former.

sources:


  1. "The Economics of Sovereign Defaults" Juan Carlos Hatchondo, Leonardo Martinez, and Horacio Sapriza

  2. Données tirée de la FRED, Federal Reserve Bank of St. Louis

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Citation

Au centre de la difficulté se trouve l'opportunité
- Albert Einstein